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Alboury Ndiaye, Bourba du Djolof
Collection « Grandes figures africaines » — Kaddu
Qui et quand
Alboury Ndiaye (vers 1847/48 – 1901), Bourba du Djolof de 1875 à 1890 : quinze ans de règne, et le dernier Bourba d'un Djolof indépendant. Figure majeure de la résistance à la pénétration coloniale française en Sénégambie au XIXe siècle.
✅ FAITS ÉTABLIS
- Naissance et lignée. Né vers 1847 à Tyal, dans le Djolof. Son père, Biram Penda Diémé Ndioté Ndiaye, est tué à la bataille de Nguenenen en 1851 ; sa mère, Seynabou Diop, princesse du Cayor, le ramène dans son Ndiambour natal. Il est élevé à la cour du Cayor aux côtés de son aîné Lat Dior Ngoné Latyr Diop, dont il sera le compagnon de guerre.
- Formation guerrière. Dans les années 1860, il se convertit à l'islam avec Lat Dior sous la conduite du marabout Maba Diakhou Ba ; il épouse même une fille de Maba. Avec leurs troupes, ils occupent brièvement le Djolof en 1865, obligeant le Bourba régnant à fuir plutôt que se convertir.
- Intronisation. En 1875, il est intronisé Bourba à Yang-Yang, la capitale du Djolof, après la chute du marabout Amadou Cheikhou Bâ.
- Consolidation. Il fait face aux révoltes : en 1878, il bat à Diamé les troupes de Bara, frère d'Amadou Cheikhou ; puis il réprime la rébellion de son demi-frère Biram Ndiémé Coumba Ndiaye, tué après plusieurs batailles.
- Confrontation avec la France. Le 18 avril 1885, il signe un accord de non-agression avec la France, prévoyant notamment que son fils Bouna fréquente l'École des otages ; il refuse ensuite d'envoyer son fils, brisant l'accord.
- La chute du Djolof. Le 24 mai 1890, une colonne commandée par le colonel Dodds attaque le Djolof. Suivant la politique de la terre brûlée, Alboury incendie Yang-Yang, sa propre capitale, plutôt que de la livrer. C'est à cette occasion qu'il reçoit le surnom de « roi faroteur ».
- Refus de se rendre et exil. Plutôt que capituler, il part vers l'est, au Soudan occidental (actuel Mali), chercher des alliances : l'émir Ahmadou Tall de Ségou, fils d'El Hadj Omar Tall, Samory Touré du Ouassoulou, Tiéba Traoré roi du Kénédougou. Hébergé un temps au Fouta-Toro par Abdul Bokar Kan, il rejoint Nioro du Sahel en octobre 1890 ; le 3 janvier 1891, il couvre la retraite d'Ahmadou Tall face aux Français à Nioro.
- Mort. Tué au combat contre les Français à Dosso (actuel Niger) en 1901, après douze ans d'exode. Le Djolof est alors réduit en protectorat, confié par les Français à Samba Laobé Penda ; Dodds installe un Bourba fantoche.
- Postérité. Son fils Bouna Alboury Ndiaye, capturé par les Français, deviendra Bourba titulaire puis grande figure religieuse et politique du Sénégal. Le stade de l'ASEC Ndiambour à Louga porte le nom d'Alboury Ndiaye. L'écrivain Cheik Aliou Ndao lui a consacré la pièce L'Exil d'Albouri (1967), premier prix du Festival panafricain d'Alger 1969.
📿 TRADITION ORALE
- La tradition wolof célèbre le surnom de « roi faroteur » (du wolof, celui qui met le feu) comme l'emblème d'un roi qui préfère la cendre au déshonneur : aucune soumission, aucun pacte qui engage le royaume.
- Les griots racontent son grand dessein : fédérer Ahmadou Tall, Samory Touré et Tiéba Traoré pour bâtir un grand État musulman du Sénégal au Niger, capable de stopper l'avancée coloniale. L'histoire en fit une utopie ; la mémoire en fait un testament.
- La tradition orale du Sénégal oriental détaille la longue marche d'exil — 1 500 miles selon le récit recueilli par l'historien Ouali N'Dao auprès d'un compagnon d'Alboury — et sa mort près de Dogondoutchi, au Niger.
⚠️ THÈSES CONTROVERSÉES OU POINTS DÉBATTUS
- Date de naissance : 1847 ou 1848 selon les sources ; la fr.wikipedia retient « v. 1847 », l'en.wikipedia « c. 1848 ».
- Circonstances exactes de sa mort à Dosso (1901) : mort au combat (dominant dans les sources écrites) ou transpercé d'une flèche selon la prolepse dramatique de la pièce de Cheik Aliou Ndao — œuvre théâtrale, non source historique.
- La nature du « refus » de l'accord de 1885 : stratégie politique de souveraineté ou simple manœuvre d'usure, le débat des historiens reste ouvert.
Ce que l'Afrique lui doit
Alboury Ndiaye prouve que la colonisation française ne s'est pas faite sur un vide, mais contre un État organisé, souverain, dont le roi préférait tout perdre que se soumettre. Il a tenu le Djolof indépendant jusqu'en 1890, après la chute de Lat Dior (tué à Dekhelé en 1886), devenant le dernier résistant du Sénégal. Son refus de la reddition et son exil aux côtés d'autres souverains africains en font un pionnier de la résistance panafricaine : il a combattu, avec Ahmadou Tall et Samory Touré, la même machine coloniale, au-delà des frontières des royaumes. Sa mémoire — stade, pièces de théâtre, patronymes — reste un repère de dignité pour les jeunes générations.
Bibliographie