← Retour aux Grands Dossiers — Kaddu
Grand dossier — Kaddu
Jamal Khashoggi — le dossier complet
Journaliste saoudien, chroniqueur du Washington Post, assassiné le 2 octobre 2018 dans le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul : l'homme, les faits établis, les responsabilités selon les documents officiels — le rapport de l'ONU et l'évaluation déclassifiée du renseignement américain —, des procès qui n'ont jugé que des exécutants, l'impunité qui a suivi. Et, en section 5, l'allégation visant Jared Kushner, présentée comme ce qu'elle est : une allégation non vérifiée, séparée des faits. Justice pour Jamal. Dossier publié le 26 octobre 2026.
Méthode de ce dossier (standard de la maison). Trois registres sont séparés et signalés tout au long du texte :
- FAIT ÉTABLI : confirmé par au moins deux sources indépendantes, ou par un document officiel ;
- DÉCLARATION ATTRIBUÉE : propos ou position d'un acteur nommé, rapportés comme tels ;
- ALLÉGATION : affirmation non corroborée, signalée comme telle, jamais présentée comme un fait.
Le texte d'origine qui a commandé ce dossier affirmait que Jamal Khashoggi fut « assassiné le 2 octobre 2018 pour réduire au silence un critique du gouvernement saoudien et du prince Mohammed ben Salmane » et que « Jared Kushner had a hitman on his phone ». La première affirmation est confirmée par les faits établis ci-dessous. La seconde est une allégation non vérifiée dont l'origine est documentée en section 5 — elle ne doit jamais être reprise comme un fait.
1. L'homme : Jamal Khashoggi, journaliste saoudien
FAIT ÉTABLI. Jamal Ahmad Khashoggi naît le 13 octobre 1958 à Médine, en Arabie saoudite. Il devient l'un des journalistes saoudiens les plus connus de sa génération : rédacteur en chef adjoint d'Arab News (1999–2003), rédacteur en chef du quotidien Al Watan en 2003 — poste dont il est écarté après 52 jours pour avoir publié des critiques de l'establishment religieux conservateur —, puis conseiller médias du prince Turki al-Fayçal, ambassadeur saoudien à Londres puis à Washington (2003–2007). En 2010, le prince Al-Walid ben Talal le charge de lancer la chaîne Al-Arab ; lancée depuis Bahreïn le 1er février 2015, elle est fermée après moins de onze heures d'antenne, à la suite d'une interview d'un opposant.
FAIT ÉTABLI. Longtemps proche du pouvoir saoudien, Khashoggi s'en éloigne à mesure que la répression de la dissidence s'intensifie. Selon ses propres écrits, le gouvernement saoudien le bannit de Twitter fin 2016 et fait pression pour annuler sa chronique. En 2017, il quitte l'Arabie saoudite et s'installe en Virginie, aux États-Unis. En septembre 2017, il devient chroniqueur contributeur du Washington Post. Dans sa première chronique, il explique être parti en « exil auto-imposé » par crainte d'être arrêté. Ses chroniques critiquent les politiques du prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS), la guerre menée par l'Arabie saoudite au Yémen et la répression de la dissidence. Il fonde aussi l'organisation Democracy for the Arab World Now (DAWN), qui commencera ses activités en septembre 2020, après sa mort.
FAIT ÉTABLI. Le 11 décembre 2018, le magazine Time le nomme « Personnalité de l'année » avec d'autres journalistes persécutés, sous le titre « Guardians of the Truth » (Gardiens de la vérité). Sa dernière chronique, publiée à titre posthume par le Washington Post le 17 octobre 2018, s'intitule « Ce dont le monde arabe a le plus besoin, c'est de la liberté d'expression ».
2. Les faits établis de l'assassinat (2 octobre 2018, Istanbul)
Chronologie
FAIT ÉTABLI.
- 2 octobre 2018, vers 13 h 14 (heure locale). Jamal Khashoggi entre au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul pour obtenir un document attestant son divorce, nécessaire à son mariage prévu avec sa fiancée turque, Hatice Cengiz, qui l'attend dehors. Il ne ressort jamais du bâtiment.
- Le même jour. Une équipe de 15 agents saoudiens est arrivée à Istanbul par avion le matin même. Selon l'enquête turque, Khashoggi est pris en embuscade, étranglé, puis son corps est démembré à l'intérieur du consulat. Le consulat avait été secrètement mis sur écoute par les autorités turques : les derniers instants de Khashoggi sont captés par des enregistrements audio, dont des transcriptions seront rendues publiques et dont le contenu sera partagé par la Turquie avec les services américains, britanniques, allemands et français.
- 3 octobre 2018. Riyad affirme que Khashoggi a quitté le consulat vivant. Le prince héritier déclare dans une interview qu'il autorisera la Turquie à fouiller le consulat, « nous n'avons rien à cacher ».
- 15 octobre 2018. Inspection conjointe turco-saoudienne du consulat. Les enquêteurs turcs fouillent ensuite la résidence du consul général.
- 19–20 octobre 2018. Après des semaines de démentis, Riyad admet que Khashoggi est mort à l'intérieur du consulat, d'abord en évoquant une bagarre, puis une « opération voyou » (rogue operation).
- 25 octobre 2018. Le procureur général saoudien admet que le meurtre était prémédité.
- Novembre 2018. La CIA conclut, avec un haut degré de confiance, que le prince héritier a ordonné le meurtre. Le 15 novembre 2018, le Trésor américain sanctionne 17 Saoudiens pour leur rôle dans le meurtre — dont Saud al-Qahtani et Maher Mutreb — mais pas le prince héritier lui-même.
- Décembre 2018. Le Sénat américain adopte à l'unanimité une résolution tenant le prince héritier responsable de la mort de Khashoggi.
FAIT ÉTABLI. Le corps de Jamal Khashoggi n'a jamais été retrouvé. Les enquêteurs turcs ont évoqué un démembrement et une élimination des restes, sans que le mode exact de disparition du corps n'ait jamais été publiquement établi.
Les versions saoudiennes successives
FAIT ÉTABLI. Les autorités saoudiennes ont changé plusieurs fois de version : démenti total, puis « il est sorti vivant », puis mort accidentelle lors d'une bagarre, puis « opération voyou » menée par des agents ayant outrepassé leurs ordres, puis meurtre prémédité admis le 25 octobre 2018. La thèse de l'« opération voyou » est restée la position officielle de Riyad, qui nie toute implication du prince héritier.
3. Les responsabilités selon les sources officielles
Le rapport de la rapporteure spéciale de l'ONU — Agnès Callamard (19 juin 2019)
FAIT ÉTABLI (document officiel de l'ONU). Après une enquête de six mois, la rapporteure spéciale des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, Agnès Callamard, publie un rapport de 101 pages qui conclut :
- « M. Khashoggi a été victime d'une exécution délibérée et préméditée, un meurtre extrajudiciaire dont l'État d'Arabie saoudite est responsable en vertu du droit international des droits de l'homme » ;
- le meurtre « a été le résultat d'une planification élaborée impliquant une coordination extensive et des ressources humaines et financières importantes. Il a été supervisé, planifié et approuvé par des hauts responsables. Il était prémédité » ;
- il existe des « preuves crédibles » justifiant une enquête sur le prince héritier Mohammed ben Salmane et d'autres hauts responsables ;
- il est « inconcevable qu'une opération de cette ampleur ait pu être mise en œuvre sans que le prince héritier en ait été informé, au minimum, qu'une mission de nature criminelle, dirigée contre M. Khashoggi, était lancée ».
DÉCLARATION ATTRIBUÉE. Callamard a précisé elle-même, dans un entretien, qu'elle n'avait trouvé « aucune preuve directe » (no smoking gun) que le prince héritier ait directement ordonné le meurtre : son mandat était une enquête sur les droits humains, pas une enquête criminelle. Elle a en revanche jugé qu'il existait suffisamment d'éléments pour exiger une enquête pénale complémentaire sur le prince héritier.
DÉCLARATION ATTRIBUÉE (position saoudienne). Le ministre d'État saoudien aux Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, a réagi en affirmant qu'il n'y avait « rien de nouveau » dans le rapport, qui contiendrait « des contradictions et des allégations sans fondement ».
L'évaluation déclassifiée du renseignement américain — ODNI (26 février 2021)
FAIT ÉTABLI (document officiel américain). Le 26 février 2021, le Bureau du directeur du renseignement national (ODNI) publie la version déclassifiée de son rapport « Assessing the Saudi Government's Role in the Killing of Jamal Khashoggi » (rapport daté du 11 février 2021, déclassifié le 25 février par la directrice Avril Haines). Sa conclusion, mot pour mot :
« Nous évaluons que le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane a approuvé une opération à Istanbul, en Turquie, visant à capturer ou tuer le journaliste saoudien Jamal Khashoggi. »
FAIT ÉTABLI (fondement de l'évaluation, selon le rapport lui-même). L'ODNI fonde cette évaluation sur trois éléments : le contrôle du prince héritier sur la prise de décision dans le royaume ; l'implication directe d'un conseiller clé et de membres de son service de protection dans l'opération ; et son soutien à l'usage de mesures violentes pour réduire au silence les dissidents à l'étranger, y compris Khashoggi. Le rapport précise que depuis 2017, le prince héritier a « le contrôle absolu des organisations de sécurité et de renseignement du royaume, ce qui rend très improbable que des responsables saoudiens aient mené une opération de cette nature sans son autorisation ». L'équipe de 15 hommes comprenait des fonctionnaires travaillant pour le Centre saoudien d'études et des affaires médiatiques (CSMARC) de la Cour royale, dirigé alors par Saud al-Qahtani, et sept membres de la Force d'intervention rapide, l'unité de protection personnelle du prince.
DÉCLARATION ATTRIBUÉE (position saoudienne). Riyad a rejeté les conclusions du rapport. Le prince héritier a déclaré à plusieurs reprises qu'il n'avait pas ordonné le meurtre, tout en affirmant en 2019 qu'il en prenait « l'entière responsabilité, parce que cela s'est produit sous ma surveillance ».
Les procès
FAIT ÉTABLI — Procès saoudien (Riyad, à huis clos).
- 11 personnes jugées, sans que leurs noms soient rendus publics.
- Décembre 2019 : cinq condamnations à mort, trois peines de prison totalisant 24 ans, trois acquittements. Saud al-Qahtani n'est pas inculpé « faute de preuves suffisantes » ; l'ancien chef adjoint du renseignement Ahmed al-Assiri, jugé, est acquitté.
- Mai 2020 : les fils de Khashoggi annoncent qu'ils « pardonnent » les tueurs de leur père — ce qui, en droit saoudien, ouvre la voie à la commutation des peines capitales.
- 7 septembre 2020, verdict final : les cinq condamnés à mort écopent de 20 ans de prison chacun ; les trois autres, de 7 à 10 ans. Le parquet déclare l'affaire « close à jamais ».
- DÉCLARATION ATTRIBUÉE. Agnès Callamard qualifie ce procès de « parodie de justice », dont les verdicts « n'ont aucune légitimité juridique ou morale », à l'issue d'un processus « ni équitable, ni juste, ni transparent ». Hatice Cengiz déclare que le jugement « se moque complètement de la justice » et que les questions essentielles restent sans réponse : qui a planifié, qui a ordonné, où est le corps ?
FAIT ÉTABLI — Procès turc.
- En juillet 2020, la Turquie ouvre un procès par contumace contre 20, puis 26 ressortissants saoudiens (dont al-Qahtani et al-Assiri), après le refus saoudien des demandes d'extradition.
- Le 7 avril 2022, le tribunal d'Istanbul suspend le procès et transfère l'affaire à l'Arabie saoudite, au moment où Ankara cherche à réparer ses relations avec Riyad. Human Rights Watch dénonce une décision « scandaleuse » ; Hatice Cengiz déclare : « Les deux pays peuvent s'entendre… mais le crime reste le même crime. »
- La Cour constitutionnelle turque a ensuite jugé ce transfert conforme à la loi, rejetant le recours de Hatice Cengiz.
4. Le volet américain : Trump, Kushner et MBS — faits documentés
FAIT ÉTABLI.
- Mars 2018. Donald Trump reçoit MBS à la Maison-Blanche et exhibe des tableaux affichant des milliards de dollars de ventes d'armes saoudiennes.
- 20 novembre 2018. Dans une déclaration intitulée « Standing with Saudi Arabia » (Debout aux côtés de l'Arabie saoudite), Trump écarte l'évaluation de la CIA : « Il se pourrait très bien que le prince héritier ait eu connaissance de ce tragique événement — peut-être que oui, peut-être que non ! » (« maybe he did and maybe he didn't »). Il affirme que les États-Unis resteront « un partenaire indéfectible » de l'Arabie saoudite et invoque les ventes d'armes et les investissements. Il refuse toute sanction supplémentaire contre le royaume.
- 2021 (administration Biden). Après la déclassification du rapport ODNI, Washington impose des sanctions et des interdictions de visa visant 76 Saoudiens (le « Khashoggi Ban ») — mais pas le prince héritier. En 2022, le département d'État détermine que le prince héritier bénéficie de l'immunité de chef d'État dans la plainte civile déposée par Hatice Cengiz et l'organisation DAWN.
- FAIT ÉTABLI (finances documentées). Après son départ du gouvernement, le fonds Affinity Partners de Jared Kushner a reçu un investissement de 2 milliards de dollars du Fonds d'investissement public saoudien (PIF) — un fait rapporté par le New York Times en avril 2022 et largement repris depuis. Ce fait est distinct de l'allégation traitée en section 5 et ne doit pas être confondu avec elle.
- 18 novembre 2025. Donald Trump accueille MBS à la Maison-Blanche — sa première visite en sept ans depuis le meurtre. Il qualifie Khashoggi de « extraordinairement controversé » (« extraordinarily controversial ») et affirme que le prince n'a rien à voir avec le meurtre. DÉCLARATION ATTRIBUÉE. Hanan Elatr Khashoggi, la veuve du journaliste, réagit : « Il n'y a aucune justification à assassiner mon mari » ; elle se dit « très peinée » et « désenchantée », et demande que les droits humains passent « avant tous les accords commerciaux ».
5. Allégations et rumeurs — le cas « Kushner had a hitman on his phone »
Ce que dit exactement l'allégation, et d'où elle vient
ALLÉGATION — ORIGINE IDENTIFIÉE. La formule « Jared Kushner had a hitman on his phone » est une compression virale, diffusée sur les réseaux sociaux fin octobre 2026, d'une allégation publiée quelques jours plus tôt :
- Source unique : un extrait du livre à paraître du journaliste d'investigation Matthew Cole, Princes and Thieves: Jared Kushner and Mohamed bin Zayed's Secret Plot to Remake the Middle East (éditeur Atria/Simon & Schuster, parution annoncée le 27 octobre 2026), publié par le magazine américain Vanity Fair le 22 octobre 2026 sous le titre « The Art of the Deal: Jared Kushner's Hacked Phone Revealed His Secret Negotiations — Including More Than $700 Million in Transfers ».
- Contenu de l'allégation, selon l'extrait : le renseignement militaire néerlandais (MIVD) aurait obtenu, via un agent du renseignement militaire russe (GRU) retourné, des captures d'écran de l'iPhone de Jared Kushner, puis aurait reproduit la méthode de piratage pour observer son téléphone en temps réel à partir de début 2018. Les agents néerlandais auraient ainsi vu Kushner accéder à un compte bancaire basé à Dubaï contenant environ 750 millions de dollars (fonds transitant par l'Azerbaïdjan, logés à la First Abu Dhabi Bank sous couvert d'une fondation culturelle émiratie, la Watani Al Emarat Foundation), et transférer des sommes vers, entre autres destinataires, « un chef de guerre, un mercenaire et un ancien tueur à gages » (a warlord, a mercenary and a one-time hit man). L'extrait évoque au total environ 2 milliards de dollars répartis en deux comptes (« Alpha » et « Beta »), dont environ 1 milliard déposé à la Banque d'Israël, avec l'accord du Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou.
Statut de vérification
ALLÉGATION NON VÉRIFIÉE — à ne jamais présenter comme un fait.
- Démenti formel de l'intéressé. Jared Kushner a répondu sur X que les allégations sont « complètement folles, catégoriquement fausses, et ne se sont jamais produites » (« completely insane, categorically false, and never happened »), ajoutant que l'auteur n'a fourni « pas un seul élément de preuve vérifiable » — ni relevés bancaires, ni numéros de compte, ni dates de transfert. Son avocat, Chad Mizelle, a adressé une lettre de 13 pages à Simon & Schuster avant publication et menace de poursuites si l'article n'est pas retiré.
- Aucune corroboration officielle. Au 26 octobre 2026, aucune autorité officielle, aucun document judiciaire ou bancaire, et aucun second média de référence n'a confirmé ces affirmations comme des faits. Le renseignement néerlandais (MIVD) n'a pas publiquement confirmé l'opération de surveillance décrite. L'ancien ambassadeur américain David Friedman, cité dans l'extrait, a lui aussi rejeté les allégations le concernant.
- Nature de la source. L'allégation repose sur des sources anonymes citées dans un livre à paraître — un seul canal, sans pièces justificatives publiées. Des élus démocrates américains ont depuis demandé que Kushner soit entendu sous serment, ce qui est une demande politique, pas une confirmation.
- Distinction essentielle. Cette allégation porte sur des transferts financiers supposés pendant le premier mandat de Trump. Elle n'établit aucun lien entre Jared Kushner et l'assassinat de Jamal Khashoggi. Aucune source fiable ne relie Kushner à l'ordre ou à l'exécution du meurtre d'Istanbul. Associer « hitman on his phone » au meurtre de Khashoggi serait une confusion : les deux affaires sont séparées, et seule la seconde est établie par des documents officiels.
Verdict de la rédaction : l'allégation Kushner reste, à ce jour, non vérifiée. Elle est rapportée ici uniquement parce que Mouhamed l'a citée, avec son origine exacte et son démenti, pour que le lecteur distingue le fait de la rumeur.
6. L'impunité et la suite : où en est-on en octobre 2026 ?
FAIT ÉTABLI. Huit ans après le meurtre, aucun haut responsable saoudien n'a été tenu pénalement responsable d'avoir ordonné l'assassinat :
- le procès saoudien s'est clos en 2020 sans inculper les donneurs d'ordre présumés ;
- le procès turc a été transféré à Riyad en 2022 et s'est éteint ;
- les sanctions américaines de 2018 et 2021 n'ont visé que des exécutants et des intermédiaires, jamais le prince héritier, protégé par l'immunité de chef d'État reconnue par Washington en 2022.
FAIT ÉTABLI. La normalisation diplomatique est achevée : MBS a été reçu en grande pompe à la Maison-Blanche le 18 novembre 2025, avec l'annonce de contrats dans l'intelligence artificielle et le nucléaire civil, et la perspective de ventes d'avions F-35. L'International Press Institute (IPI), en octobre 2026, à l'occasion du 8e anniversaire du meurtre, dénonce une impunité « devenue emblématique » pour les crimes contre les journalistes dans le monde.
DÉCLARATION ATTRIBUÉE. Hatice Cengiz, la fiancée, continue de réclamer justice et déclare que « le crime reste le même crime » malgré les réconciliations diplomatiques. Hanan Elatr Khashoggi, la veuve, demande au prince héritier de la rencontrer, de s'excuser et de l'indemniser.
Ce qui reste inconnu (au 26 octobre 2026) : l'identité de celui ou ceux qui ont donné l'ordre précis ; le lieu où se trouve le corps de Jamal Khashoggi ; le sort exact des huit condamnés saoudiens après 2020 (peines purgées ou non, leurs noms n'ayant jamais été publiés).
7. Les cinq faits les mieux établis
- Jamal Khashoggi a été tué le 2 octobre 2018 à l'intérieur du consulat saoudien d'Istanbul par une équipe de 15 agents saoudiens arrivés le jour même ; son corps n'a jamais été retrouvé. (Sources : enquête turque relayée par Reuters/AP ; rapport Callamard ; ODNI.)
- Le rapport de l'ONU (Callamard, 19 juin 2019) conclut à une « exécution délibérée et préméditée » dont « l'État d'Arabie saoudite est responsable », avec des « preuves crédibles » justifiant une enquête sur le prince héritier.
- Le rapport déclassifié du renseignement américain (ODNI, 26 février 2021) évalue que « le prince héritier Mohammed ben Salmane a approuvé une opération visant à capturer ou tuer Jamal Khashoggi ».
- Les procès n'ont condamné que des exécutants : Riyad (2019–2020, 8 condamnés anonymes, peines finales de 7 à 20 ans) et Istanbul (procès par contumace transféré à Riyad en avril 2022) n'ont jamais jugé les donneurs d'ordre.
- L'impunité est totale au sommet : sanctions américaines limitées aux subalternes (2018, 2021), immunité reconnue au prince héritier (2022), accueil triomphal à la Maison-Blanche (18 novembre 2025).
8. Sources
Documents officiels
Biographie et chronologie
Procès
Volet américain
Allégation Kushner (section 5) — sources de l'allégation et du démenti
ONG et droits humains
Dossier établi le 26/10/2026. Les passages signalés ALLÉGATION — notamment l'allégation visant Jared Kushner — sont non vérifiés et ne doivent jamais être repris comme des faits.