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Collection « Grandes figures africaines » — Kaddu
Maba Diakhou Bâ (1809-1867)
L'Almamy du Saloum — le jihadiste qui convertit un roi
Qui était-il
Maba Diakhou Bâ (1809-1867), Almamy du Saloum et du Badibou : né dans le Rip (Badibou), descendant de la dynastie peule des Denianke, disciple de la Tijâniyya (désigné chef tijane de sa région par El Hadj Oumar Tall vers 1846). Il lance son jihad en 1861-1862, convertit Lat Dior et Alboury Ndiaye, et meurt le 18 juillet 1867 à la bataille de Fandane-Thiouthioune (Somb), au royaume du Sine.
✅ FAITS ÉTABLIS
- Origines et formation : né en 1809 dans le Rip (Badibou), descendant des Fulani Denianke ; son grand-père a immigré du Fouta-Toro ; sa famille enseigne le Coran. Il étudie dans le Cayor, enseigne dans le Djolof (pays natal de sa mère), où il épouse une membre de la famille royale. Confirmé par en.wikipedia.org et alchetron.com.
- Statut tijane : vers 1846, il rencontre El Hadj Oumar Tall qui le désigne comme chef tijane de la région ; de retour dans le Rip vers 1850, il fonde la ville de Nioro comme capitale. Confirmé par en.wikipedia.org et alchetron.com.
- Lancement du jihad : à partir de 1861-1862, il étend son autorité sur le Saloum et une partie du Niumi, cherchant à réformer ou renverser les monarchies animistes et à résister à l'empiètement français ; en octobre 1864, les Français eux-mêmes le reconnaissent comme Almamy du Baddibu et du Saloum. Confirmé par en.wikipedia.org.
- Conversion de Lat Dior : en mai 1864, Lat Dior, damel du Cayor destitué par un rival soutenu par les Français, se réfugie auprès de Maba, qui le convertit — lui et ses soldats — des croyances tiéddo à un islam rigoureux ; il convertit aussi Alboury Ndiaye, Bourba du Djolof — « un tournant décisif dans l'histoire de l'islam chez les Wolofs ». Confirmé par en.wikipedia.org.
- Pathé Badiane, 30 novembre 1865 : aux côtés de Lat Dior (son chef de guerre), Assane Penda Maram, Alboury Ndiaye et Bourame Dione Nior, il tend une embuscade aux troupes coloniales du gouverneur Pinet-Laprade dans la cuvette de Pathé Badiane : lourdes pertes françaises, le gouverneur blessé à l'épaule, le capitaine Croisier et le médecin militaire Chamoulier tués. Les Français rebrouissent vers Kaolack. Confirmé par au-senegal.com et l'étude de Martin Klein (via fr.scribd.com, « Marabouts et pouvoir colonial »).
- Rupture avec Lat Dior et mort : le 18 juillet 1867, à Fandane-Thiouthioune (Somb), Maba veut mener la guerre sainte contre les Sérères du Bour Sine Coumba Ndoffène Famak Diouf. Lat Dior et Alboury, sentant le désastre, lui conseillent d'abandonner ; Maba refuse ; ils se retirent. Maba est tué — frappé d'une balle, il roule de son cheval — et son corps est décapité ; sa tête et une jambe sont envoyées au commandant de Joal. Confirmé par fr.wikipedia.org (Maba Diakhou Bâ et Bataille de Fandane-Thiouthioune) et thieydakar.net.
- Reconnaissance par l'adversaire : le colonel Dugay écrira : « marabout brave et puissant, dont les menées faillirent compromettre notre autorité dans tout le bas Sénégal » ; le professeur Iba Der Thiam : « Jamais sang aussi noble n'avait coulé avec autant de foi et de générosité sur cette terre rebelle du Sine ». Cités par thieydakar.net.
📿 TRADITION ORALE (texte de Khadim Sylla, 19/10/2026 — source : contribution envoyée par Mouhamed)
- Maba Diakhou aurait été l'élève de Mor Sokhna Fall Syll Mbaye, l'éminent savant de Longhor Mbaye (Mbackol). C'est là que seraient nées ses relations avec Lat Dior — Longhor, « leur point d'ancrage ».
- La linguère Ngoné Latyr Fall, mère de Lat Dior, aurait joué un rôle décisif dans sa jeunesse : lorsque Maba tua en défendant les champs de son sérigne un berger qui s'y était introduit, il devait payer une diya (compensation) — et la linguère y participa, lui permettant de continuer son séjour à Longhor en toute tranquillité. (Précision de Khadim Sylla : elle n'était pas la « Ndayu Daara » du daara — titre réservé à l'épouse, la mère ou la sœur du sérigne — mais une protectrice, une bienfaitrice.)
- Libasse Mapathé Ndoumbé Dieng Sylla, beau-frère de Mor Sokhna Fall Syll Mbaye, aurait participé au mouvement de Maba dans le Saloum.
⚠️ POINTS DÉBATTUS
- La nature du jihad : guerre sainte de réforme religieuse ou entreprise de conquête politique ? Les sources écrites notent que Maba brûlait et réduisait en esclavage les villages qui résistaient à son interprétation de l'islam (en.wikipedia) — un aspect que le roman national sénégalais passe volontiers sous silence. L'historien Martin Klein (1968) inscrit son jihad dans la séquence des résistances maraboutiques au pouvoir colonial (1854-1945).
- La rupture de Somb : la tradition orale (fr.wikipedia) rapporte que ce sont les captifs de la famille maternelle de Lat Dior, les Dyami Geej, qui retirèrent Lat Dior de la bataille pour préserver leur chef — épisode à la frontière du fait et de la tradition.
- L'identification du corps : le Moniteur colonial du 20 août 1867 rapporte que la tête et la jambe envoyées à Joal étaient méconnaissables ; un ancien captif de Maba, affranchi, aurait reconnu la jambe à « une profonde cicatrice » et à des traces d'éléphantiasis, maladie dont le marabout était atteint (thieydakar.net). Détail macabre, source unique.
Hauts faits vérifiés
- Six années de résistance armée (1861-1867) contre le colonisateur et les monarchies animistes, à la tête d'une armée de jusqu'à 11 000 combattants.
- La victoire de Pathé Badiane (1865) — l'une des plus lourdes défaites infligées aux Français dans la Sénégambie du XIXe siècle.
- La conversion à l'islam de deux souverains majeurs, Lat Dior (Cayor) et Alboury Ndiaye (Djolof) — tournant décisif de l'islamisation des Wolofs.
- La fondation de Nioro du Rip, capitale de son État, et du village de Keur Maba Diakhou près de Kaolack.
Héritage — ce que l'Afrique lui doit
Maba Diakhou Bâ incarne le jihad ouest-africain du XIXe siècle : la synthèse du politique et du religieux, la réforme par les armes. Sa trajectoire illustre aussi les tragédies de cette époque — la guerre sainte contre les Sérères du Sine, peuple africain comme le sien, montre que les lignes de fracture n'étaient pas seulement entre Africains et colonisateurs. Le Sénégal contemporain l'honore comme héros national : un mausolée lui est dédié à Fatick, et un musée est envisagé sur le site de Pathé Badiane. Il reste, avec Lat Dior, l'un des deux visages indissociables de la résistance sénégalaise des années 1860.
Bibliographie