Collection « Grandes figures africaines » — Kaddu
Fondation guelowar. Le royaume du Saloum est fondé à la fin du XVᵉ siècle par les Guellowars, nobles venus du royaume de Kaabu au sud. Son premier roi, Maad Saloum Mbegan Ndour (Mbegaan Nduur), règne d'environ 1493 à 1513 ; né à Diakhao d'un père sérère du Saloum et d'une princesse sérère du Sine, il appartient à la dynastie maternelle guelowar qui régnera plus de six cents ans. La capitale est Kahone, ville qui abrite la cour royale tout au long de l'histoire du royaume (elle sera plus tard éclipsée commercialement par la voisine Kaolack). Plus de cent rois se sont succédé sur le trône du Saloum.
Un carrefour, une double couronne. Mbegan Ndour régna aussi sur le Sine (vers 1506-1510, vraisemblablement comme régent) — préfigurant une histoire d'unions et de dominations croisées : le Saloum conquit le Sine voisin et le contrôla pendant une longue période, au point que la région devint connue comme le « Sine-Saloum », avant une nouvelle séparation. Le Saloum exerça aussi un temps son contrôle sur le Baol. Ethniquement sérère à l'origine, le royaume s'ouvre aux Ouolofs, Peuls et Mandingues : il devient cosmopolite et multireligieux — à la différence du Sine, replié sur le conservatisme sérère. Le portugais appela le royaume « Borçalo », corruption de Bor-ba-Saloum, « roi du Saloum » ; le premier contact européen documenté date de 1590.
Organisation. Le souverain porte le titre sérère de Maad Saloum (Bour Saloum en ouolof). La succession combine la lignée paternelle des Joof (Jouf), présente dans la noblesse sénégambienne depuis l'époque des Lamanes, et la lignée maternelle guelowar — trois sœurs du clan Keway Begay, entre autres, fournissant des lignées royales pendant plusieurs siècles. La cour de Kahone inclut les grands dignitaires (Djaaraf, Farba) et un « sous-roi » tributaire, le Bour Gandiaye, avec sa propre cour miniature.
Le Saloum face au jihad de Maba Diakhou Bâ. À la bataille de Nandjigui en 1859, les marabouts tuent le Maad Saloum Kumba Ndama Mbodj. Vers 1861, Maba Diakhou Bâ contrôle la majeure partie du Saloum et une partie du Niumi. Le Rip, sur la rive nord de la Gambie, devient le centre de l'État djihadiste. Après la mort de Maba à Fandane-Thiouthioune (18 juillet 1867), les Guellowars du Saloum reprennent les provinces annexées, notamment à partir de 1870.
Un royaume jusqu'au XXᵉ siècle. Comme le Sine, le Saloum garde sa dynastie pendant la colonisation : les rois tiennent leur cour traditionnelle à Kahone. Le dernier roi, Maad Saloum Fode N'Gouye Joof (1935-1969), vétéran de la Première Guerre mondiale, officier de la Légion d'honneur et commandeur de l'Ordre national du Mérite, chef de province de Kahone puis conseiller du Sénégal indépendant, meurt en 1969 — presque en même temps que le dernier roi du Sine. Les deux royaumes sont intégrés à la République du Sénégal, indépendante depuis 1960. En 2017, les Sérères du Saloum sont les premiers à restaurer cérémoniellement leur monarchie : Maad Saloum Thierno Coumba Daga Ndao est couronné à Kahone le 21 mai 2017.
La tradition raconte que les Sérères arrivent dans le Saloum dès le XIᵉ siècle, fuyant le royaume de Tekrur dans la vallée du fleuve Sénégal, et qu'ils s'y établissent sur des terres déjà peuplées. Les récits de la cour de Kahone célèbrent la grandeur des Guellowars venus de Kaabu, héritiers des Nyanchos, qui forgèrent un royaume à la jonction des fleuves Saloum et Gambie. Les tumuli funéraires des rois et les mystérieux cercles de pierres du pays saloumais sont encore aujourd'hui entourés de récits des anciens.
Le Saloum est le modèle africain d'un royaume ouvert : multiethnique et multireligieux sans renier ses racines sérères, il a montré qu'un État précolonial pouvait être cosmopolite et rester lui-même. C'est sur son territoire que s'est joué l'épisode le plus dramatique de la résistance sérère — la mort de Maba Diakhou Bâ à Somb — et il partage avec le Sine la plus longue continuité dynastique de la Sénégambie (plus de 600 ans de lignées guelowars). Les deux derniers rois précoloniaux de la Sénégambie y ont régné au XXᵉ siècle ; la restauration de 2017, première des deux, a ouvert la voie à la renaissance cérémonielle des monarchies sérères comme instruments de paix et de développement.
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