Collection « Grandes figures africaines » — Kaddu
Fondation sérère. Le Sine est un royaume sérère, établi sur la rive nord du delta du fleuve Saloum, avec pour capitale historique Diakhao. Sa fondation est datée d'environ 1335 ; l'ère guelowar commence en 1350 avec Maad a Sinig Maysa Wali Manneh, premier roi guelowar, nommé et élu par les Sérères du Sine et par le Grand Conseil des Lamanes, dont il avait été le conseiller juridique pendant quinze ans. Les mariages entre les hommes sérères et les femmes guelowars créent les dynasties paternelles sérères (Joof, Faye, Njie) et la dynastie maternelle guelowar qui règne plus de six cents ans.
Trois grandes périodes. L'histoire du Sine se divise en trois ères : l'ère des Lamanes (pouvoir ancestral sérère des maîtres de la terre), l'ère guelowar (1350-1969, dynastie des Maad a Sinig) et l'époque coloniale puis contemporaine. Les souverains portent le titre de Maad a Sinig (« roi du Sine ») — les navigateurs portugais du XVᵉ siècle, trompés par l'expression ouolof Bur-ba-Sine, l'ont rendu « Barbaçim » et appelaient le fleuve Saloum la « rivière des Barbacins ».
La pierre éternelle. Maad a Sinig Jogo Gnilane Joof, fondateur de la maison royale de Jogo Siga Joof (XVᵉ-XVIᵉ siècle), défait le marabout djihadiste Mamadou Koungo et tient l'islam hors du Sine. Sa victoire est célébrée par le dépôt à Diakhao de la « pierre éternelle du Sine » (Sirat), encore visible aujourd'hui à l'endroit où le roi l'a placée.
La résistance à Maba Diakhou Bâ. Le 18 juillet 1867, à la bataille de Fandane-Thiouthioune (appelée bataille de Somb), l'armée sérère conduite par Maad a Sinig Coumba Ndoffène Famak Diouf écrasa les armées du jihad de Maba Diakhou Bâ, Almamy du Rip, qui voulait islamiser et conquérir le Sine. Maba y est tué ; le roi du Sine est blessé. Le Damel Lat Dior et le Bourba Alboury Sainabou Ndiaye, qui combattaient aux côtés de Maba, se retirent avant la fin. Le roi envoie une lettre et des trophées au commandant français de Gorée pour annoncer sa victoire — un geste interprété par plusieurs historiens comme un défi adressé à l'administration française.
Une dynastie jusqu'au XXᵉ siècle. Les souverains du Sine gardent leur titre pendant toute la période coloniale. Le dernier roi, Maad a Sinig Mahecor Joof (règne 1924-1969), meurt en 1969 ; le royaume est alors intégré au Sénégal indépendant. Le Sine et le Saloum sont parmi les rares royaumes précoloniaux africains dont la dynastie a survécu jusqu'au XXᵉ siècle. En 2019, cinquante ans après la mort de Mahecor Joof, les Sérères du Sine ont restauré la monarchie de façon cérémonielle et diplomatique : Maad a Sinig Niokhobaye Fatou Diène Diouf est couronné à Diakhao le 8 février 2019.
La tradition sérère affirme que le royaume du Sine n'a jamais payé tribut à Ndiadiane Ndiaye ni à aucun de ses descendants qui régnaient sur le Djolof : dans les épopées, c'est même Maissa Wali, le roi du Sine, qui nomme Ndiadiane Ndiaye et appelle les autres États à rejoindre la confédération. Selon la tradition, c'est le prince sérère Makhoureja Ngoné Diouf qui tua Maba Diakhou Bâ à Fandane ; le roi aurait ensuite fait démembrer le corps du marabout et disperser ses restes en plusieurs lieux du Sine. Les traditions disent aussi qu'un archer sérère, Amar Godomat, tua Abu-Bakr Ibn-Umar d'une flèche au XIᵉ siècle — une fierté martiale ancienne.
Le Sine est la forteresse de la religion sérère traditionnelle : pendant des siècles, il a refusé l'islamisation forcée tout en coexistant pacifiquement avec l'islam — un modèle africain de résistance spirituelle non violente. Il a prouvé, à Somb en 1867, qu'une armée paysanne traditionnelle pouvait arrêter un jihad continental. Avec le Saloum, il est le dernier royaume précolonial de Sénégambie à porter sa dynastie jusqu'au XXᵉ siècle, ce qui fait de la royauté sérère l'une des plus longues continuités dynastiques d'Afrique. La restauration cérémonielle de 2019 témoigne que l'institution reste un foyer de paix et de développement régional — le roi actuel agit notamment pour la paix en Casamance.
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